Jeudi 18 décembre, rencontre avec André Markovitch, Claude Bonneval

Publié le par Tap Poitiers

Nous avons rendez-vous cet après-midi avec André Markovitch, le traducteur d’Hamlet, déjà très connu du public poitevin pour ses traductions de toutes les pièces de Tchekhov que Claire Lasne-Darcueil a mises en scène, de Platonov en 1993 à La Mouette en 2007-2008. Les répétitions sont interrompues, le temps pour une bonne vingtaine de techniciens de réaliser le montage sur l’immense plateau du TAP, le temps pour nous d’être subjugués par André Markovitch et de comprendre que traduire Shakespeare aujourd’hui c’est faire véritablement œuvre d’écrivain, c’est créer un texte théâtral contemporain destiné à être proféré par des acteurs d’aujourd’hui, qu’il a rencontrés et qui, à leur tour, vont interpréter ce texte unique.

 

« Une traduction, c’est une réécriture », affirme André Markovitch. Sa traduction d’Hamlet, publiée en Livre de Poche, a dix ans. Mais il l’a profondément remaniée pour le Centre Dramatique Poitou-Charentes et il continue sa réécriture, inlassablement, jusqu’à ce que chaque comédien puisse avoir une conscience aiguë de ce qu’il est en train de jouer.

André Markovitch aime les paradoxes : « Le sens d’un texte n’existe pas ». Peut-être parce que dans un discours le sens est inséparable des sons des mots et de leur agencement. Peut-être aussi que le monde dans lequel se joue Hamlet est si différent que la pièce, de siècle en siècle, se charge d’interrogations tout autres. La pourriture, thème obsessionnel autrefois, c’était celle de la chair, l’omniprésence de la mort., aujourd’hui elle prend une dimension politique, ou métaphysique.

Traduire, c’est avant tout respecter ce que l’on pressent comme essentiel, les répétitions par exemple, qui sont le centre de tout. André Markovitch nous livre trois mots qui reviennent sans cesse en écho dans le texte de Shakespeare : Nature, Question, Doute. Et il nous quitte sur une sorte d’énigme :

Nature, c’est ce que tu ne choisis pas,

Question, c’est ce que tu choisis,

Doute, c’est ce qui te reste.

 

Claude Bonneval

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