Répétition d'Hamlet du 30 décembre 2008 par Claudine Terny

Publié le par Tap Poitiers

Répétition du mardi 30 décembre 2008

 

 

Complètement hors du temps -qui passe, qu'il fait, qui est- nous voilà de nouveau coupés du quotidien, assis et silencieux, mais sensibilité et esprit en éveil. Nous ne sommes plus qu'yeux et oreilles dans la salle sombre, suspendus au texte puissant de Shakespeare qui étincelle par bribes entre les interventions de Claire Lasne qui le met indéniablement en scène : concentrée et active, elle est ici, là, s'assied, se lève, monte dans la salle, redescend… ; un mot pour l'un, un geste pour l'autre, affectueux bien sûr, un rire sonore de temps à autre… et on reprend. Parfois, elle conseille l'un des comédiens à voix presque basse, un autre à la cantonade[1] ou encore discute avec plusieurs d'entre eux ; par exemple après la lecture "à l'italienne"[2] de la scène entre Hamlet et Ophélie (acte III, scène 1) qui lui permet d'en expliquer sa vision, de guider l'interprétation : "Si tu veux ça, il faut que ta pensée soit très claire." Claire Lasne se montre toujours ferme et douce, respectueuse et volontaire.

 

Nous n'assistons pas au "filage"[3] un peu espéré, ce 30 décembre après-midi (il est prévu pour la répétition d'après dîner) mais au travail approfondi de 2 extraits. Et pour la première fois, les "témoins" que nous sommes vont voir une femme actrice parmi tous les hommes de la pièce et du plateau. (Bien sûr, il y a Claire, nous l'avons déjà vue sur scène –et même en robe longue ; mais elle, c'est différent !)

 

Le premier extrait est celui des derniers moments de présence sur scène d'Ophélie vivante (acte IV scène 5) : le dispositif scénique est lent, magnifique ; mais ce soir, je ne souhaite pas le déflorer. Pour sa mise au point (définitive ?) de nombreux essais -surtout de sons et de lumière- sont faits, précis, extrêmement intéressants.

 

Puis, remontant un peu dans la pièce, nous sommes ensuite conduits à vivre la rencontre entre Hamlet et Ophélie, qui suit le si célèbre "Etre ou ne pas être…" (Acte III scène 1). Le travail est source d'émotion, et pas seulement pour nous, me semble-t-il : la répétition de cette scène d'amour et d'arrachement est poignante par l'impossibilité d'Hamlet de connaître le bonheur ; nous souffrons avec Charlotte/Ophélie qui mérite bien les mots de réconfort que lui adresse Claire…

Le contraste est saisissant entre la violence de la scène et l'atmosphère feutrée, chaleureuse, du plateau. 

 

Peut-être des gens, cet après-midi, s'agitaient-ils dans la rue, dans les magasins et préparaient-ils fébrilement "les fêtes"… Nous étions à l'écart, dans un silence presque recueilli, ravis de la chance offerte : assister à un beau travail d'équipe, vivre au plus près quelques moments de la création d'une grande pièce du répertoire dramatique.


Claudine Terny

[1] Cette expression me plaît bien, ici, même si elle n'est pas exacte ; pour les autres ignorants (j'ai eu recours au Petit Robert), parler à la cantonade, au théâtre, c'est parler à quelqu'un supposé être dans les coulisses.

[2] Une répétition à l'italienne se fait sans mettre le ton, d'une voix neutre qui permet aux acteurs de mémoriser leur texte sans se fatiguer. (Wikipedia ; mais manifestement, elle sert à plus que cela !)

[3] Le filage est la mise en scène d'une pièce de théâtre dans les conditions réelles mais sans le public. Il sert à calculer le temps nécessaire et à finaliser les différents détails. (Idem ; x 2)

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