Rencontre avec André Markovitch le 18 décembre 2008, Eveline Flavigny

Publié le par Tap Poitiers

Hamlet : « Etre ou ne pas être, là est la question… »
Mais pourquoi pas : « Vivre ou ne pas vivre : je me pose la question… »

Ou bien : « La question se pose à moi : exister ou bien mourir… »
Ou : « La question est là de vivre ou de mourir… »

Ou encore : « Exister ou non, la question est bien là… »

  Traduire :

Ø  Transposer un discours, un texte, l’exprimer dans une langue différente.

Ø  Exprimer un sentiment, une pensée, les rendre sensibles.

 

Ne pas séparer le sens du son. Faire jouer les mots pour qu’ils résonnent entre eux. Faire entendre sa propre musique sur celle de l’auteur avec mes instruments à moi, aujourd’hui.

 

Mais il faut être fidèle…

Etre fidèle à quoi ? La langue n’est-elle pas le véhicule de la pensée personnelle et collective ?

Rendre compte de l’esprit et de la lettre. Et de l’histoire humaine. Et du rôle de la littérature. Et de sa propre lecture. Et de sa propre histoire. Et de la pointe du récit.

Se servir du « Shakespeare lexical » ? Comme si les mots traversaient le temps et les êtres sans en être altérés. La « langue de Shakespeare » est à lui, laissons-la lui. Mieux vaut la rendre sensible que la transposer.

 

Pour l’auteur de la version française, André Markowicz, il y a deux mots essentiels dans « Hamlet » : le mot « question » et le mot « nature ».

La nature, la chair, la vie, la mort, sont nos maîtres.

La question, est tout ce qui nous reste face à cela.

Qu’est-ce que la permanence de la vie ? La réponse est le récit.

 

Mais l’acteur n’est-il pas le seul capable d’interroger une traduction en se posant cette question :

Je dis quoi, pour pouvoir dire quoi ?


Alors on peut chercher, ajuster, mettre en cohérence, rejouer le morceau dans un autre tempo, donner une nouvelle ambiance, un mot, juste un mot peut ouvrir à d’autres images, laisser parler le personnage, laisser parler le texte dans une autre bouche, faire saliver une autre langue, articuler d’autres sons, arrêter le temps, gratter la terre, l’humecter,
« 
words, words, words …», « creuser des galeries de sens » [sic], cracher et regarder pousser les histoires des hommes.

Eveline Flavigny

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