Répétition du 11 Décembre 2008 de 14h à 16 heures, par Monique Farisy

Publié le par Tap Poitiers

Témoins, dans le cadre des répétitions de « HAMLET » de SHAKESPEARE.
Metteur en scène : Claire LASNE

Programmation au TAP en janvier.

 

 

Il est presque 14 heures, lorsque nous pénétrons dans une petite salle du nouveau théâtre, le TAP de Poitiers, pour suivre la première  répétition ouverte aux témoins. Mais les répétitions de la troupe ont déjà commencé. Nous sommes cinq femmes, d’âges différents, une jeune femme et quatre plus âgées.

La troupe va répéter l’Acte III, d’ « Hamlet » de Shakespeare, dont la programmation a lieu en janvier.

Nous pouvons voir une scène de dimension restreinte, sans décor, avec une seule grande allée, constituée par un montage en bois. Une petite dizaine de comédiens se détendent ou relisent en silence le texte. Une seule femme parmi les comédiennes. Les personnages sont donc tous presque exclusivement des hommes. Claire Lasne, le metteur en scène, annonce qu’il manque le personnage d’Ophélie, et Vincent, qui s’occupe de tirer un rideau pour une répétition de marionnettes.

La répétition commence, supervisée par Claire Lasne, jeune femme mince et d’apparence fragile. Ne nous y trompons pas. Claire Lasne est bien celle qui dirige, les personnages de la troupe, presque tous des hommes, l’écoutent avec attention et respect. Il existe entre tous les acteurs et le metteur en scène un lien fort – une amitié forgée par le travail, l’art de se mettre en scène, donc à nu. Cela transparaît par le jeu des regards, inquiets ou amusés qui se croisent, par les dénominatifs affectueux que donne Claire Lasne à ses acteurs : « mon Domi… ».

En raison de l’absence de la comédienne qui joue le personnage d’Ophélie, la répétition commence par l’Acte III, scène II, où Hamlet donne lui-même des conseils aux comédiens, pour qu’ils jouent avec modération, en respectant le naturel. C’est un passage connu et moderne avant l’heure, car à l’époque, les acteurs forçaient souvent leur jeu pour être entendus. La diction d’Hamlet, claire, permet de bien comprendre ce texte. Nous n’avons donc pas la fameuse scène I, avec « Etre ou ne pas être. C’est la question ».

Lors de la même scène, un autre moment me marque : des marionnettes jouent l’ancien roi et la reine, ainsi que le diable. La figure du diable – donc du nouveau roi - semble confondue avec celle de l’empoisonneur. Les marionnettes sont elles-mêmes des figurines, en papier mâché semble-t-il, qui soulignent un trait du personnage, par l’expression ou le vêtement. Un sourire figé pour la reine et sa robe bleue, une cape noire pour le diable, dont le visage est déformé. Cet intermède, lui-même indiqué par Shakespeare, en didascalie, relève du théâtre dans le théâtre, et donne une épaisseur au texte, dont nous devenons des spectateurs seconds, au second degré. L’émerveillement reste le même cependant. C’est toute la magie du théâtre, qui ici se fait inventif dans sa mise en scène.

Le temps passe vite. Claire Lasne intervient avec douceur et fermeté en différents endroits, elle joue le « rôle off » d’Ophélie. Elle indique le lever et la fermeture du rideau. Son oreille est attentive à tout. La musique doit s’arrêter à tel moment, Polonius doit avoir telle attitude, il faut que les acteurs s’enfuient quand Hamlet, le roi, se lève : « c’est le roi, non », souligne Claire Lasne. Des moments sont plus délicats que d’autres. Les comédiens répètent ainsi plusieurs fois leur départ, lorsque Hamlet se lève, une fois la pièce « la souricière » jouée.

Un des passages, plus surprenant, semble réjouir les comédiens et Claire Lasne. Hamlet se met à danser, comme un automate. La musique est contemporaine. Cela peut surprendre. Mais l’intrigue est conservée. Simplement, cette invention me fait penser aux marionnettes, sans que j’en comprenne ici le sens.

16 heures, le temps de la pause arrive. Claire Lasne invite ses comédiens à s’arrêter un moment. Nous-mêmes, nous partons, et laissons la troupe un peu avant la fin de leur répétition. Nous avons été accompagnés pendant toute la répétition par Corinne Delaval, notre guide qui a su aussi nous donner des indications pour que nous ne dérangions pas la représentation (ainsi, elle m’a indiqué, à un moment, qu’il valait mieux ne pas prendre de photographies).

Nous avons pu partager deux heures de leur travail, le texte de Shakespeare n’a rien perdu de sa modernité. Les comédiens possèdent ce texte et semblent s’être coulés naturellement dans leur rôle. Redécouvrir aujourd’hui « Hamlet » avec de jeunes comédiens complète cette joie de spectateur, qui entend résonner en lui les questions éternelles sur la vie, la violence, la mort et la vie des morts eux-mêmes - le spectre du père d’Hamlet en est l’incarnation ici. 

Monique Farisy

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